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Simone Weil et Descartes

Il y a (au moins) deux textes à étudier en même temps que “Science et perception dans Descartes” dont nous avons commencé la lecture ici:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/2015/05/13/simone-weil-science-et-perception-dans-descartes/

ce sont:

Somone Weil et la mathématique

par le mathématicien Laurent Lafforgue (souvent cité par l’excellent Finkielkraut)

et un article de Robert Chenavier sur les “Méditations cartésiennes” (titre husserlien) de Simone Weil:

Les méditations cartésiennes de Simone Weil

Ce dernier article rapproche Simone Weil la très jeune femme étudiante de 1929 du Husserl en fin de vie de la Krisis, composée de textes écrits entre 1926 et 1936, parce que tous deux prônent le retour à Descartes devant le tour problématique (à leurs yeux) pris par les sciences modernes; ce retour à Descartes correspond à notre propre attitude, mais examinons cette évolution problématique des sciences, je cite Chenavier :

Dans les textes qui composent la Krisis, écrits de 1926 à 1936, Husserl emploie, pour définir la situation de son époque, le terme de « détresse » (Not). Cette « situation de détresse » est celle des sciences , réduites à leur dimension positiviste de « simple science-de-faits » . Cependant, poursuit Husserl, « de simples sciences de faits forment une humanité de fait » . Aussi, « dans la détresse de notre vie cette science n’a rien à nous dire. Les questions qu’elle exclut par principe (…) sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de toute cette existence humaine ». L’objectivisme ne touche pas seulement la science, mais le monde de la vie, « le monde dans (…) lequel se déroule l’activité banale de l’homme » …..

…..Au cours de la période où le philosophe allemand livrait son testament philosophique, en 1930, Simone Weil écrivait, dans l’introduction de son Diplôme d’études supérieures, consacré à Science et perception dans Descartes : « La pensée commune (…) est à présent clairement méprisée (…). Les spéculations concernant la nature de la matière se donnent libre cours (…) sans s’inquiéter le moins du monde de ce que peut être pour les hommes du commun cette matière qu’ils sentent sous leurs mains ». C’est que « la science a comme substitué au monde sensible un monde intelligible »”

et le passage correspondant de “Science et perception dans Descartes”:

http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/sur_la_science/sur_la_science.html

La légende veut que Thalès ait trouvé le théorème fondamental de la mathématique en comparant, pour mesurer les pyramides, le rapport des pyramides à l’ombre des pyramides, de l’homme à l’ombre de l’homme. Ici la science semblerait n’être qu’une perception plus attentive. Mais ce n’est pas ainsi qu’en ont jugé les Grecs. Platon sut bien dire que, si le géomètre s’aide de figures, ces figures ne sont pourtant pas l’objet de la géométrie, mais seulement l’occasion de raisonner sur la droite en soi, le triangle en soi, le cercle en soi. Comme ivres de géométrie, les philosophes de cette école rabattirent, par opposition à cet univers des idées dont un miracle leur donnait l’entrée, l’ensemble des perceptions à un tissu d’apparences, et défendirent la recherche de la sagesse à quiconque n’était pas géomètre. La science grecque nous laisse donc incertains. Aussi bien vaut-il mieux consulter la science moderne ; car, si l’on excepte une astronomie assez rudimentaire, c’est à la science moderne qu’il a été réservé d’amener la découverte de Thalès, par la physique, sur le terrain où elle rivalise avec la perception, autrement dit jusqu’au monde sensible.

Ici il n’y a plus aucune incertitude ; c’est bien un autre domaine de la pensée que nous apporte la science. Thalès lui-même, s’il ressuscitait pour voir jusqu’où les hommes ont mené ses réflexions, se sentirait, en comparaison de nos savants, un fils de la terre….

……La science, qui était au temps des Grecs la science des nombres, des figures et des machines, ne semble plus consister qu’en la science des purs rapports. La pensée commune sur laquelle il semble que Thalès, s’il ne s’y bornait pas, du moins s’ap-puyait, est à présent clairement méprisée. Les notions de sens com-mun, telles que l’espace à trois dimensions, les postulats de la géométrie euclidienne, sont laissées de côté ; certaines théories ne craignent même pas de parler d’espace courbe, ou d’assimiler une vitesse mesurable à une vitesse infinie. Les spéculations concernant la nature de la matière se donnent libre cours, essayant d’interpréter tel ou tel résultat de notre physique sans s’inquiéter le moins du monde de ce que peut être pour les hommes du commun cette matière qu’ils sentent sous leurs mains. Bref tout ce qui est intuition est banni par les savants autant qu’il leur est possible, ils n’admettent plus dans la science que la forme abstraite du raisonnement, exprimée dans un langage convenable au moyen des signes algébriques. Comme le raisonnement ne se produit au contraire chez le vulgaire qu’étroitement lié à l’intuition, un abîme sépare le savant de l’ignorant. Les savants ont donc bien succédé aux prêtres des anciennes théocraties, avec cette différence qu’une domination usurpée est remplacée par une autorité légitime.”

Entre parenthèses, le fait évident (mais souvent inaperçu, car les savants sont hélas confondus avec les ingénieurs) que les savants succèdent aux prêtres en les remplaçant est le thème du film “Le théorème zéro” de Terry Gilliam que j’ai commenté ici:

Terry Gilliam : le théorème zéro

Et l’absurdité qui se dégage de ce film correspond à la thèse banale selon laquelle la science a tout détruit et plongé l’existence moderne dans l’absence de sens et de but (ce qui est bien semble t’il l’opinion de husserl quelques années avant sa mort)…

Mais est ce bien la science qui en est responsable, la science tout au moins du 17 ème siècle qui ne pouvait pas avoir à cette époque pour but le progrès technique et la puissance voire l’hybris actuelle puisque la technoscience (qui est à mon sens une dégradation dans un sens matérialiste et qui est le véritable responsable en causant l’oubli non de l’être mais de l’Un) n’existait pas alors, et n’est intervenu qu’au siècle suivant et surtout au 19 ème siècle ?
Et, puisque donc retour au 17 ème siècle et à Descartes il doit y avoir, est ce au Descartes réaliste distingué par Simone Weil (voir article de Chenavier) que nous devons nous adresser, celui de la “maîtrise sur la nature” ?
ou bien plutôt au Descartes idéaliste dont elle parle aussi ?

Simone Weil oppose, dans l’introduction de son diplôme : « C’est (…) à l’origine de la science moderne qu’il nous faut remonter, à la double révolution par laquelle la physique est devenue une application de la mathématique et la géométrie est devenue algèbre, autrement dit à Descartes » (op. cit., p. 165). Chez Simone Weil aussi, par conséquent, Descartes marque le point de départ de deux lignes de la modernité, une ligne idéaliste – et en cela il est le fondateur de la science moderne – et une ligne réaliste.”

et la science-de-faits de Husserl n’est elle pas, dans une perspective platonicienne, plutôt une science-d-Idées (mathématiques) ?

Nous avons pour notre part, dans les deux articles précédents sur “Science et perception dans Descartes”, “dans la détresse de notre vie”, identifié le “royaume de la pensée pure” des savants dont parle Simone Weil avec le monde, ou plutôt le plan spirituel distingué par Brunschvicg du “plan vital” (du “monde de la vie” ?) au premier chapitre de “Raison et religion” : “les oppositions fondamentales”.

Et ceci nous commande, s’il y a bien deux Descartes (je ne suis pas de cet avis mais accordons le à Simone Weil, du moins à la jeune étudiante de 1929 qui n’est pas l’adulte, mûrie par les épreuves, des dernières années, 1941-1943) de donner la prédominance du Descartes idéaliste, comme le fait Brunschvicg, mais qui est le contraire de ce que fait semble t’il Simone Weil :

Manifestement, Simone Weil accorde une préférence à cette vocation mondaine de la science et de la philosophie cartésiennes, et ce n’est pas sans artifice qu’elle conclut sa première partie en équilibrant idéalisme et réalisme, pour affirmer qu’on ne trouve chez Descartes « que contradictions»

Or cette attitude est dû à son absurde rejet de l’algèbre considéré comme une “technique” et non une pensée….

Mais l’algèbre est devenu de nos jour la théorie des catégories, qui est certes considérée par certains comme Elaine Landry comme le “langage des mathématiques” mais qui est bien plus que cela, c’est en tout cas l’option que nous avons choisie en la prenant pour cadre de la mathesis universalis οντοποσοφια que nous nous fixons ici omme programme philosophique et qui n’est rien d’autre que le platonisme (= “la vérité de la philosophie”) en mouvement.

Mais cela ne disqualifie évidemment pas l’attitude de Simone Weil par rapport à la mathématique qui est excellement étudiée par Laurent Lafforgue dans le lien cité plus haut…à suivre donc.

Simone Weil : des prêtres et prophètes impost(u)eurs aux philosophes-géomètres dont le premier est Thalès

Nous continuons l’étude de “Science et perception dans Descartes” ce mémoire écrit vers 1929-1930 qui a déplu au directeur d’études de Simone Weil : Léon Brunschvicg.

Quand deux étoiles se téléscopent, évidemment ça fait des étincelles….

Quant à moi mon admiration pour le Sage ne concurrencera jamais ma fascination pour “la martienne” (telle que l’appelait affectueusement son maître Alain).

“La Sainte de l’Abîme est plus sainte à mes yeux”

http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/sur_la_science/sur_la_science.html

page 2 de l’Introduction

C’est ainsi que les hommes, bornés à l’interprétation immédiate des sensations, ne s’en sont jamais contentés; toujours ils ont pressenti une connaissance plus haute, plus sûre, privilège de quelques initiés. Ils ont cru que la pensée errante, livrée aux impressions des sens et des passions, n’était pas la pensée véritable ; ils ont cru trouver la pensée supérieure en quelques hommes qui leur semblèrent divins, et dont ils firent leurs prêtres et leurs rois. Mais n’ayant aucune idée de ce que pouvait être cette manière de penser supérieure à la leur, comme en effet ils n’auraient pu la concevoir que s’ils l’avaient possédée, ils divinisèrent en leurs prêtres, sous le nom de religion, les plus fantastiques croyances. Ainsi ce juste pressentiment d’une connaissance plus sûre et plus élevée que celle qui dépend des sens fit qu’ils renoncèrent chacun à soi, se soumirent à une autorité, et reconnurent pour supérieurs ceux qui n’avaient d’autre avantage sur eux que de remplacer une pensée incertaine par une pensée folle.”

on croirait du D’Holbach….seulement l’agressivité de Simone Weil s’adresse à l’Eglise ou à la Synagogue comme phénomène collectif et pensée collective.

Voici ensuite que Thalès fait son entrée :

Ce fut le plus grand moment de l’histoire, comme c’est un grand moment dans chaque vie, que l’apparition du géomètre Thalès, qui renaît pour chaque génération d’écoliers. L’humanité n’avait fait jusque-là qu’éprouver et conjecturer ; du moment où Thalès, étant resté, selon la parole de Hugo, quatre ans immobile, inventa la géométrie, elle sut. Cette révolution, la première des révolutions, la seule, détruisit l’empire des prêtres. Mais comment le détruisit-elle ? Que nous a-t-elle apporté à la place ? Nous a-t-elle donné cet autre monde, ce royaume de la pensée véritable, que les hommes ont toujours pressenti à travers tant de superstitions insensées ? A-t-elle remplacé les prêtres tyranniques, qui régnaient au moyen des prestiges de la religion, par de vrais prêtres, exerçant une autorité légitime parce qu’ils ont véritablement entrée dans le monde intelligible ? Devons-nous nous soumettre aveuglément à ces savants qui voient pour nous, comme nous nous soumettions aveuglément à des prêtres eux-mêmes aveugles, si le manque de talent ou de loisir nous empêche d’entrer dans leurs rangs ? Ou cette révolution a-t-elle au contraire remplacé l’inégalité par l’égalité, en nous apprenant que le royaume de la pensée pure est le monde sensible lui-même, que cette connaissance quasi divine qu’ont pressentie les religions n’est qu’une chimère, ou plutôt qu’elle n’est autre que la pensée commune ? Rien n’est plus difficile, et en même temps rien n’est plus important à savoir pour tout homme. Car il ne s’agit de rien de moins que de savoir si je dois soumettre la conduite de ma vie à l’autorité des savants, ou aux seules lumières de ma propre raison ; ou plutôt, car cette question-là, ce n’est qu’à moi qu’il appartient de la décider, si la science m’apportera la liberté, ou des chaînes légitimes.

Cet “autre monde”, ce “royaume de la pensée pure”, ce n’est rien d’autre que le monde de l’Esprit , axe vertical de la Croix, que les prêtres menteurs ont travesti en un “au delà d’après la mort” entièrement calqué sur le monde sensible et ses fantasmes : c’est ainsi qu’Allah le proxénète promet à ses élus de pouvoir faire “après la mort” tout ce qui leur est interdit ici-bas, voir sourate 56:

http://islamfrance.free.fr/doc/coran/sourate/56.html

11. Ce sont ceux-là les plus rapprochés d’Allah

12. dans les Jardins des délices,

13. une multitude d’élus parmi les premières [générations],

14. et un petit nombre parmi les dernières [générations],

15. sur des lits ornés [d’or et de pierreries],

16. s’y accoudant et se faisant face.

17. Parmi eux circuleront des garçons éternellement jeunes,

18. avec des coupes, des aiguières et un verre [rempli]: d’une liqueur de source

19. qui ne leur provoquera ni maux de tête ni étourdissement;

20. et des fruits de leur choix,

21. et toute chair d’oiseau qu’ils désireront.

22. Et ils auront des houris aux yeux, grands et beaux,

23. pareilles à des perles en coquille.

24. en récompense pour ce qu’ils faisaient.

25. Ils n’y entendront ni futilité ni blasphème;”

(tu m’étonnes….les blasphémateurs, comme Charb, Salman Rushdie et les autres seront tous en enfer, avec pour seule houri la veuve Poignet…….ah y a pas à dire c’est bien calculé “aux ptits oignons” leur système)

enfin bref les élus pourront tripoter les garçons “éternellement jeunes” (pourquoi ce détail si cela n’introduit pas une signification sexuelle” qui leur serviront à boire une liqueur qui ne donne pas la gueule de bois le lendemain matin…la vie des récompensés n’est elle pas merveilleuse ?

ceci avant de passer à des plaisirs plus “substantiels” avec les houris…”en récompense de ce qu’ils faisaient”, c’est à dire de l’obéissance à “ceux qui savent interpréter le Coran”, ceux qui sont dans les petits papiers de Dieu!

Cet extrait, dont cela m’étonnerait qu’il fût de Fichte, parle aussi d’un autre monde:

http://fr.wikisource.org/wiki/Il_existe_un_autre_monde

qu’il oppose à l’absurdité du “plan vital”, celui de l’Ecclésiaste, celui des générations successives “sous le Soleil”, où “il n’y a rien de nouveau”….puisque tout y tourne en cercle:

Je mange et je bois, afin d’avoir encore faim et soif pour boire et manger de nouveau. La tombe sans cesse entr’ouverte saisit enfin sa proie : j’y descends pour devenir la pâture des vers, et je laisse derrière moi des êtres semblables à moi, afin qu’ils boivent, mangent aussi, jus­qu’à ce qu’ils meurent, remplacés eux-mêmes par d’autres êtres sem­blables à eux, qui à leur tour viendront aux mêmes lieux faire les mêmes choses. Voilà ma vie ! Voilà le monde ! C’est une courbe qui revient éter­nellement sur elle-même. C’est un fantastique spectacle où tout naît pour mourir, et meurt pour renaître. C’est une hydre aux innombrables têtes, ne se lassant jamais de se dévorer pour se reproduire, et de se reproduire pour se dévorer encore.”

est ce que cela, cette danse en cercle qui tournoie perpétuellement (plutôt qu’éternellement) n’est pas dépeinte par l’arcane 19 du Tarot Le Soleil ?

C’est ce que suggère le mur derrière les deux personnages, l’un masculin l’autre féminin (d’où l’enfantement, les générations qui se succèdent, le plan vital-sexuel).

Franchir ce mur, c’est “accéder au Royaume des Cieux” (le plan spirituel) : cela exige une seconde naissance, spirituelle et non charnelle.

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/le-salut-est-au-prix-dune-seconde-naissance-qui-seule-ouvre-le-royaume-de-dieu/

“Le salut est au prix d’une seconde naissance qui seule ouvre le royaume de Dieu” (Léon Brunschvicg)

ce qu’avait déjà dit l’Evangile selon Jean:

http://bible.catholique.org/evangile-selon-saint-jean/3266-chapitre-3

Mais ce royaume de Dieu (Dieu des philosophes et des savants), c’est Thalès le géomètre qui permet d’y entrer…pas Moïse ou Mahomet.

L’esprit se refuse au dieu du mystère comme au dieu des armées” (Léon Brunschvicg)

 

Simone Weil : science et perception dans Descartes

Il s’agit de son mémoire de fin d’études, qu’elle a écrit en 1929-1930 sous la direction lointaine de Brunschvicg: celui ci n’a pas apprécié ce travail, et l’a notée seulement 10/20. Le courant ne passait pas entre ces deux individualités si remarquables.

“Science et perception dans Descartes” se trouve au début de “Sur la science”  (page 9 à 69):

http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/sur_la_science/sur_la_science.html

Cet ouvrage court est capital pour éclairer la relation si différente à Descartes et à la science, ainsi qu’aux mathématiques, et à la religion, de Léon Brunschvicg et Simone Weil: nous commençons ici avec une nouvelle méthode, qui sera utilisée dans les quatre blogs “Mathesis universalis”, et qui consiste à n’insister que sur UNE idée directrice par article, dans une intention de clarté, et pour ne pas aboutir à des articles très longs qui découragent la lecture,

Il est donc certain que nous y reviendrons souvent…

Commençons donc page 9 par:

L’humanité a commencé, comme chaque homme commence, par ne posséder aucune connaissance, hors la conscience de soi et la perception du monde. Cela lui suffisait, comme cela suffit encore aux peuples sauvages, ou, parmi nous, aux travailleurs ignorants, pour savoir se diriger dans la nature et parmi les hommes autant qu’il était nécessaire pour vivre. Pourquoi désirer plus ? Il semble que l’humanité n’aurait jamais dû sortir de cette heureuse ignorance, ni, pour citer Jean-Jacques, se dépraver au point de se mettre à méditer. Mais cette ignorance, c’est un fait qu’autant : que nous pouvons savoir jamais l’humanité n’a eu proprement à en sortir, car jamais elle ne s’y est renfermée. Ce qui explique que la recherche de la vérité ait pu et puisse présenter quelque intérêt, c’est que l’homme commence, non pas par l’ignorance, mais par l’erreur”

C’est ce que j’ai appelé à la suite de Marie Anne cochet : l’état d’ignorance correspondant à la multiplicité pure des chocs sensibles, qui est effectivement une limite idéale qui n’a sans doute jamais existé.

l’homme a sans doute toujours fait le lien entre plusieurs impressions sensibles, dans le film de Stanley Kubrick : “2001 odyssée de l’espace” voir ce moment de la première partie où l’hominidé à corps simiesque se rend compte du fait qu’en tapant avec un os il peut casser d’autres choses, d’autres os par exemple. Il ne sera pas long à comprendre l’usage des armes qu’il peut en tirer, pour conquérir les territoires des autres tribus, et lance un os en l’air en le regardant tournoyer…et c’est là que Kubrick enchaîne directement de l’os qui tournoie en l’air au vaisseau spatial qui virevolte dans l’espace.

Une façon de supprimer le stade intermédiaire de la science, qui naît en Grèce avec Thalès, et subit une mutation à l’époque de Descartes. Simone Weil distingue ainsi trois niveaux : science grecque, science classique, et science moderne, caractérisée par l’algébrisation complète, qui remplace l’intuition directe des perceptions par l’intellection pure des rapports mathématiques.

Simone Weil considère l’algèbre d’un oeil défavorable, c’est sans doute là dessus que Brunschvicg et elle se sont brouillés.

En tout cas on doit bien convenir que c’est la science moderne qui a permis l’exploration spatiale, pas la science classique….

Rappelons pour finir que nous voyons dans la théorie des ensembles (mais pas forcément celle des axiomes ZF)  la partie des mathématiques (qui a même pu être considérée comme leur fondation)  qui permet de comprendre (théoriser) ce stade d’ignorance totale qui correspond à la multiplicité pure des chocs sensibles, sans concepts ni relations (qui est un stade idéal n’ayant jamais eu d’existence historique).

mais bien entendu la théorie des ensembles, son élaboration (par Cantor) requiert un très haut niveau d’intelligence abstraite, qui est à l’opposé de l’ignorance.

ce n’est qu’au crépuscule que l’oiseau de Minerve prend son envol