Tag Archives: Stanley Kubrick

Simone Weil : science et perception dans Descartes

Il s’agit de son mémoire de fin d’études, qu’elle a écrit en 1929-1930 sous la direction lointaine de Brunschvicg: celui ci n’a pas apprécié ce travail, et l’a notée seulement 10/20. Le courant ne passait pas entre ces deux individualités si remarquables.

“Science et perception dans Descartes” se trouve au début de “Sur la science”  (page 9 à 69):

http://classiques.uqac.ca/classiques/weil_simone/sur_la_science/sur_la_science.html

Cet ouvrage court est capital pour éclairer la relation si différente à Descartes et à la science, ainsi qu’aux mathématiques, et à la religion, de Léon Brunschvicg et Simone Weil: nous commençons ici avec une nouvelle méthode, qui sera utilisée dans les quatre blogs “Mathesis universalis”, et qui consiste à n’insister que sur UNE idée directrice par article, dans une intention de clarté, et pour ne pas aboutir à des articles très longs qui découragent la lecture,

Il est donc certain que nous y reviendrons souvent…

Commençons donc page 9 par:

L’humanité a commencé, comme chaque homme commence, par ne posséder aucune connaissance, hors la conscience de soi et la perception du monde. Cela lui suffisait, comme cela suffit encore aux peuples sauvages, ou, parmi nous, aux travailleurs ignorants, pour savoir se diriger dans la nature et parmi les hommes autant qu’il était nécessaire pour vivre. Pourquoi désirer plus ? Il semble que l’humanité n’aurait jamais dû sortir de cette heureuse ignorance, ni, pour citer Jean-Jacques, se dépraver au point de se mettre à méditer. Mais cette ignorance, c’est un fait qu’autant : que nous pouvons savoir jamais l’humanité n’a eu proprement à en sortir, car jamais elle ne s’y est renfermée. Ce qui explique que la recherche de la vérité ait pu et puisse présenter quelque intérêt, c’est que l’homme commence, non pas par l’ignorance, mais par l’erreur”

C’est ce que j’ai appelé à la suite de Marie Anne cochet : l’état d’ignorance correspondant à la multiplicité pure des chocs sensibles, qui est effectivement une limite idéale qui n’a sans doute jamais existé.

l’homme a sans doute toujours fait le lien entre plusieurs impressions sensibles, dans le film de Stanley Kubrick : “2001 odyssée de l’espace” voir ce moment de la première partie où l’hominidé à corps simiesque se rend compte du fait qu’en tapant avec un os il peut casser d’autres choses, d’autres os par exemple. Il ne sera pas long à comprendre l’usage des armes qu’il peut en tirer, pour conquérir les territoires des autres tribus, et lance un os en l’air en le regardant tournoyer…et c’est là que Kubrick enchaîne directement de l’os qui tournoie en l’air au vaisseau spatial qui virevolte dans l’espace.

Une façon de supprimer le stade intermédiaire de la science, qui naît en Grèce avec Thalès, et subit une mutation à l’époque de Descartes. Simone Weil distingue ainsi trois niveaux : science grecque, science classique, et science moderne, caractérisée par l’algébrisation complète, qui remplace l’intuition directe des perceptions par l’intellection pure des rapports mathématiques.

Simone Weil considère l’algèbre d’un oeil défavorable, c’est sans doute là dessus que Brunschvicg et elle se sont brouillés.

En tout cas on doit bien convenir que c’est la science moderne qui a permis l’exploration spatiale, pas la science classique….

Rappelons pour finir que nous voyons dans la théorie des ensembles (mais pas forcément celle des axiomes ZF)  la partie des mathématiques (qui a même pu être considérée comme leur fondation)  qui permet de comprendre (théoriser) ce stade d’ignorance totale qui correspond à la multiplicité pure des chocs sensibles, sans concepts ni relations (qui est un stade idéal n’ayant jamais eu d’existence historique).

mais bien entendu la théorie des ensembles, son élaboration (par Cantor) requiert un très haut niveau d’intelligence abstraite, qui est à l’opposé de l’ignorance.

ce n’est qu’au crépuscule que l’oiseau de Minerve prend son envol