#BrunschvicgVFconversion: “Ma nuit chez Maud” d’Eric Rohmer (1969)

ce chef d’œuvre d’Eric Rohmer, “Ma nuit chez Maud”, avec Jean Louis Trintignant, Françoise Fabian et Marie Christine Barrault est lié de fort près à l’ouvrage de Léon Brunschvicg:

“De la vraie et de la fausse conversion”

qui est ici:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/vraie_et_fausse_conversion/vraie_et_fausse_conversion.html

Ce livre apparaît au cours du film lorsque Jean Louis passe la nuit dans une chambre près de celle de Françoise (parce que sa voiture est bloquée par le verglas) il feuillette ce livre dont la caméra montre le titre bien en évidence, ce qui prouve que ce livre n’apparaît pas par hasard, mais possède une importance essentielle pour le film, voir aussi cet article :

http://www.juanasensio.com/archive/2004/05/17/ma-nuit-chez-maud-eric-rohmer.html

Ce film tourne en effet tout entier autour de la notion de conversion, et autour de Pascal, il se passe à Clermont qui était la ville de Pascal. Mais la mathématique y a aussi une grande importance.
Jean Louis est ingénieur chez Michelin mais, célibataire et esseulé, il fait des mathématiques (plus précisément de la théorie des probabilités) à ses moments perdus, le dimanche après midi car le dimanche matin il est à la messe où son regard croise celui de Françoise, qui est encore étudiante et est “surtout bonne en maths” mais ne s’y attache pas car elle ne veut pas devenir ingénieur ni professeur, traduisons : elle n’a pas l’idée (toute brunschvicgienne et cartésienne mais anti-Pascalienne) que la pratique des mathématiques, ou plutôt de LA mathématique (nous utiliserons le singulier quand nous voudrons insister sur ce sens) peut conduire à la vie religieuse (à la conversion véritable dirait Brunschvicg) : elle est trop enracinée dans sa foi catholique pour s’intéresser à la philosophie.
Vidal (Antoine Vitez) est lui professeur de philosophie, il rencontre par hasard Jean Louis son ancien ami de lycée dans un café, cela leur donne l’occasion de discuter sur le hasard et la probabilité qu’ils avaient de se retrouver après 15 ans dans ce café de Clermont…Vidal est athée et marxiste, mais admirateur de Pascal et de son pari, qu’il applique non pas au salut éternel mais à ce substitut marxiste consistant à savoir si l’histoire humaine a par elle même un sens ou non. et il faut parier qu’elle a un sens (qui pour Vidal ne peut être que la victoire du communisme) parce que même si la probabilité qu’elle en ait un est très faible, le produit de la probabilité par le gain, qui est l’espérance mathématique, sera toujours plus fort que celle du choix alternatif car ce dernier privé notre vie de tout sens, donc le produit sera nul.
Vidal l’athée marxiste s’avère donc bien plus pascalien que Jean Louis le catholique qui considère que son propre christianisme est fort éloigné de celui de Pascal: la notion de pari, donc de donner quelque chose en échange du salut éternel, le choque.
Par contre il acquiesce aux critiques de Pascal contre les mathématiques lorsqu’il dénonce la “libido sciendi”, ce savoir pourrait en effet détourner de la recherche de Dieu.
Ils vont tous deux dîner chez Maud, qui est “libre penseuse”, et s’ingénie à séduire Jean Louis avec la complicité de Vidal: mais celui ci résistera victorieusement, il rencontrera Françoise le matin même où il sort de chez Maud après avoir résisté à ses entreprises de séduction, et ils deviendront amoureux et plus tard se marieront, et Jean Louis apprendra 5 ans plus tard par hasard qu’en fait Françoise avait eu comme amant le mari de Maud (elle le lui avait dit mais sans préciser le nom de son amant).
Une film vraiment extraordinaire mais je me demande si Eric Rohmer, passionné et ancien professeur de philosophie il me semble, n’a pas voulu nous dire autre chose que ce que retiennent les interprétations strictement catholiques du film.

Maud représente le libertinage, et il n’est pas nécessaire d’être un catholique stricto sensu pour lutter contre cette tendance : Descartes était certes catholique, mais c’est au nom de sa philosophie ( qui était valable selon lui pour tout homme, “aussi pour les turcs”) qu’il a lutté contre les philosophes libertins.

Je me demande donc si Rohmer n’a pas voulu nous indiquer une voie strictement philosophique pour lutter, dans la conduite de notre vie personnelle, et sans nous immiscer dans celle des autres, contre ces dangers spirituels très graves que sont le marxisme (ou toute autre absolutisation de la politique) et le libertinage, devenu de nos jours le simple fait d’accumuler les coucheries et les beuveries, ce que n’auraient pas pu imaginer Descartes ni même Pascal.

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